L'histoire du pays des narcisses

Pendant plus d'un siècle, les narcisses ont été le symbole de Montreux et des hauts de la Riviera vaudoise. Chaque évocation de la région mentionnait la floraison au mois de mai comme un phénomène unique. Avec le développement touristique, Montreux a su habilement exploiter le narcisse pour vendre son image. A la Belle Epoque, La floraison des narcisses en mai était l'attraction de l'année.

Souvenir de Montreux

Souvenir de Montreux.

Cueillette et agriculture faisaient bon ménage

Les agriculteurs tiraient également parti de cet engouement en vendant les bouquets ou en encaissant des droits de cueillette. Au dire des personnes ayant connu cette époque, la vente des bouquets constituait une source de revenus importante pour l'agriculture. Après la guerre, et jusque dans les années 70, la route des Avants était mise à sens unique tant il y avait de voitures. Il y avait un "Train des narcisses" qui reliait Bâle avec Les Avants. Les deux journaux de Montreux, Le Messager et la Feuille d'Avis organisaient un concours où il fallait trouver le plus de narcisses au m2 : les records se situaient entre 1500 et 2000 fleurs !

Cueillette de narcisse à Sonloup en 1909

Cueillette de narcisses à Sonloup en 1909.

L'agriculture autrefois

Il est important de signaler que l'agriculture de l'époque, dite traditionnelle, était bien différente de celle d'aujourd'hui. Si les narcisses se sont développés de manière exceptionnelle, c'est par la conjonction de facteurs d'influences. Les exploitations agricoles familiales s'étageaient des bords du lac Léman à la zone de montagne. Au gré des saisons et de l'avancée de la végétation, la transhumance conduisait les hommes et les bêtes vers les étages supérieurs des montagnes. Une fois achevés les travaux de printemps dans les vignes, commençait en été le temps des foins qui se poursuivait jusqu'en août. Les narcisses avaient achevé leur cycle. Les graines souvent prises dans le foin, se détachaient et tombaient à terre, assurant un semi perpétuel.

Lally, pré de la Ferme Brûlée

Lally, lieu-dit "La Ferme brûlée", date inconnnue.

Le narcisse et les écrivains

Eugène Rambert et les narcisses

Ce phénomène de la nature a stimulé les plumes de tous les chroniqueurs, dès Eugène Rambert. Extrait de "Les Alpes suisses par E. Rambert", Genève 1866, p.196 :

Voici le mois de mai. Que signifie cette neige sur les monts ? Est-ce l'hiver? Non, c'est le Pré d'Avant qui s'est vêtu de Narcisses. Si l'on n'a jamais vu la floraison des Narcisses sur quelques-unes de nos montagnes, et spécialement sur celles qui dominent Montreux, il est bien difficile de s'en faire une juste idée. Ce sont d'immenses champs de fleurs, où toutes les corolles se touchent de beaucoup plus près que les épis dans les moissons les plus serrées, tellement qu'il faut compter par myriades celles qui n'ont pas de place au soleil, et qui s'ouvrent à l'ombre de leurs sœurs. Quand on sait au juste où les chercher, on peut du Signal de Lausanne, c'est-à-dire d'une distance de six lieues, reconnaître à la teinte le moment où les Narcisses sont fleuris.

Ernest Hemingway à Chamby

Une partie d'un des plus célèbre roman d'Ernest Hemingway, "A farewell to arms" (l'adieu aux armes), se déroule sur la Riviera.
Lettre à son père envoyée de Chamby le 24 mai 1922.

Aujourd'hui on a fait l'ascension du Cap au Moine (sic), une ascension très raide et très dangereuse de 7000 pieds et on s'est follement amusés en descendant en chute libre les champs de neige simplement en s'asseyant et en se laissant aller. Les champs dans les vallées plus basses sont pleins de narcisses et juste en dessous de la ligne des neiges l'autre jour alors que nous faisions l'ascension de la Dent du Jaman (sic) nous avons vu deux grosses martres.

Hemingway à Chamby, hiver 1922

Ernest et Hadley Hemingway à Chamby, hiver 1922.
Source : F. Kennedy Presidential Library and Museum, Boston.